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Le bocage : un maillage essentiel à nos territoires

Le bocage de type breton est un paysage artificiel créé par l’homme. Cependant, outre ses fonctions professionnelles, il a permis de stabiliser les sols et de garder une faune et une flore riches.
Sauf à retrouver l’état originel de nos régions, à savoir un boisement généralisé, devenu aujourd’hui incompatible avec les nécessités de productions alimentaires, le bocage est devenu le paysage le mieux adapté à notre territoire. De son état dépend une partie de l’équilibre des milieux dans lesquels nous vivons.

Les origines celtiques d’un bocage sur talus sont avérées, d’abord en Angleterre puis en Bretagne. Pendant la période gallo-romaine, il va être utilisé pour formaliser le découpage des parcelles agricoles à partir des principaux axes de circulation. Cette trame est encore visible à certains endroits aujourd’hui.

Dès le moyen âge, le bocage a pris son véritable essor, accompagnant ainsi les grandes déforestations, sous la forme d’enclos qui visaient à la protection des cultures contre les bovins pâturant en liberté.

Les parcelles ont ensuite été modelées et divisées au rythme des successions de générations de paysans jusqu'à l’âge d’or des structures bocagères aux XVIIIème et XIXème siècles. C’est l’époque de l’équilibre entre les activités humaines et les paysages. Les hommes vivent alors dans un environnement peuplé de manière diffuse, conditionnant l’habitat dispersé qui caractérise encore aujourd’hui nos territoires.

Les évolutions techniques de la mécanisation agricole au XXème siècle, avec notamment l’apparition du tracteur, et les objectifs d’augmentation des rendements vont modifier la place et l’usage du bocage.

Les réaménagements fonciers (« remembrements ») vont ainsi impacter fortement sur les paysages ruraux.

De même, le développement important de l'urbanisation (construction de nouvelles maisons ou infrastructures, créations et élargissements de routes, ...) va également participer à cette dégradation.

Essentiellement liée à l’énergie, la fourniture de bois de chauffage par les haies est remplacée par l’utilisation des énergies fossiles (pétrole). Ces évolutions suivent la diminution des populations agricoles et donc de la main d’œuvre disponible pour gérer les haies.

L’ensemble de ces facteurs a abouti à l’abandon des haies, qui sont alors vécues comme une contrainte par le monde agricole, alors seul pour gérer l’espace rural.

Les équilibres sont rompus. Les problèmes d’érosion, de qualité de l’eau, d’impacts sur la faune et la flore, et au final de perte de l’identité paysagère apparaissent.

Dès les années 1970, les scientifiques commencent cependant à évaluer l’intérêt du bocage dans la limitation des effets négatifs d’un développement rapide et intensif des territoires agricoles. Certains agriculteurs et des environnementalistes alerteront également en vain l’opinion et les pouvoirs publics des excès en cours. Mais il faudra attendre le milieu des années 1990 pour voir apparaître des politiques publiques ambitieuses en matière de paysage.

Le Conseil Général des Côtes d’Armor est le premier à financer des opérations groupées de création bocagère. Certaines collectivités locales vont également développer leurs mises en œuvre notamment dans le cadre des politiques territoriales de l’eau sur des bassins versants. Ce fut le cas pour l’Ic en 2001, le Leff en 2002 et le Trieux en 2007.

Une expérience de 10 ans dans la création de nouveaux bocages.

Le SMEGA bénéficie en ce domaine des 10 années d’expérience en la matière qu’avait acquis le SMCG/GOËL’EAUX (2001-2008).

La reconstitution et la préservation du bocage sont complémentaires à d’autres actions qui visent à la gestion durable des espaces ruraux.
L’entrée principale du programme bocager du SMEGA est l’amélioration de la qualité de l’eau et la préservation des sols.

Cependant, le bocage ne peut pas se limiter à sa fonction anti-érosive. En effet, il joue des rôles multiples : protection des cultures et des animaux (fonction de brise vent), intérêts agronomiques (apport de matières organiques, amélioration de la structure des sols par l'effet des racines, ...), limites de propriétés ou de cultures (fonction de clôture), fourniture d’énergie (bois de chauffage), caractères paysagers et donc culturels de nos territoires, habitats pour la faune (fonction de corridor écologique pour la biodiversité).

C’est l’ensemble des haies d’un territoire, constituées en maillage, qui contribue à l’amélioration de la qualité des eaux.

En effet, le maillage bocager favorise l’infiltration des eaux dans le sol, ainsi que les processus de dénitrification et de prélèvement des nitrates par la végétation, de piégeage et de dégradations des molécules des produits phytosanitaires entre autres.

Il participe également à la protection des réseaux de fossés lors des interventions des agriculteurs dans leurs parcelles.

Le réseau bocager favorise donc la gestion des eaux à l’échelle d’un territoire tant quantitativement que qualitativement.

Le bocage dans l’Argoat et le Goëlo aujourd’hui

La modification du parcellaire agricole est constante. On estime en effet que, malgré les efforts importants de reconstitutions, le bocage costarmoricain diminue de 1% tous les ans. Aujourd’hui l’objectif en matière de bocage est en premier lieu de stabiliser l’existant en évitant les destructions. Ces dernières peuvent être admises à la marge si elles n’ont pas de conséquences négatives sur la circulation de l’eau ou la continuité du maillage, mais elles doivent faire l’objet de mesures compensatoires afin d'enrayer la diminution.

Il faut favoriser aussi la création de nouveaux linéaires en accord avec le monde agricole et aussi conserver l’existant par la sensibilisation et l’accompagnement dans les modes d’entretien et de valorisation du bois.

Le bocage suit l’évolution de l’agriculture, il faut accompagner la réorganisation permanente de parcellaire en limitant, voire annulant, ses effets négatifs.

Cependant, l’objectif n’est pas de revenir à la situation des années 1950, et retrouver de très fortes densités bocagères entourant de petites parcelles encloses.

Cet objectif est inatteignable avec les moyens à disposition des collectivités locales, mais surtout, est incompatible avec les considérations agricoles actuelles. La finalité est donc de reconstituer sur le territoire un maillage bocager efficace, au regard de tous les rôles qui lui sont attribués.

Le programme en cours

Le SMEGA développe son programme de reconstitution de bocage sur les bassins versants de l’Ic, du Leff, du Trieux ainsi que sur les ruisseaux côtiers associés.

Chaque année, plusieurs communes sont concernées.

Les techniciens élaborent les projets individuels avec les exploitants agricoles et les propriétaires fonciers. Ils assurent ensuite la mise en oeuvre des nouveaux ouvrages.
Ces derniers sont constitués de haies plantées sur talus ou sur billons. Des talus dégradés font aussi l’objet d’une restauration grâce à des plantations complémentaires.

Depuis 2001, ce sont plus de 200 kilomètres de nouvelles haies bocagères qui ont ainsi été réinstallées dans le territoire et un nombre important de linéaires anciens protégés et de talus nus antiérosifs.

Les travaux sont réalisés par le SMEGA, avec le soutien financier de l’Union Européenne, de l’Agence de l’eau Loire Bretagne, du Conseil Régional de Bretagne et du Conseil Général des Côtes d’Armor.

Chaque Communauté de Communes adhérente du SMEGA participe également financièrement aux les linéaires créés sur son propre territoire.

Depuis fin 2009, le diagnostic du bocage existant sur les 110 000 hectares du SMEGA est terminé. Cet état des lieux permet de fixer des objectifs précis pour les années à venir en termes de territoires prioritaires : protection du bocage existant par l'intermédiaire des documents d'urbanisme, vulgarisation de techniques d'entretien et de gestion durable des talus et des haies, développement des valorisations possibles des produits issus de l'entretien du bocage, notamment par la production de plaquettes, pour que la haie redevienne un élément à part entière du parcellaire agricole et cesse de n'être qu'une contrainte.

 


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